Défense et République

Débats sur la défense nationale et la sécurité intérieure

04 juin 2009

Obama,, la commémoration du 6 juin, élections européennes et toujours la Turquie

Le 6 juin 2009, sera commémoré le 65ème anniversaire du débarquement en Normandie. Cette commémoration doit aussi rappeler l’impact sur les populations civiles aujourd'hui souvent mis en première ligne. Des dizaines de milliers de français ont été tués ou blessés dans les combats et les bombardements. La libération de la France et de l’Europe étaient à ce prix.

Aujourd’hui, si l’on se réfère par exemple aux combats au Sri Lanka, les commentaires aseptisés de nos médias français et autres acteurs non gouvernementaux compréhensibles dans leur bien-pensance coutumière font oublier le sens du combat malgré trente ans de guerre, d’actes terroristes, d’exactions sur les populations. Il y a un seuil où la réalité de la guerre prend malheureusement le dessus. La mainmise des Tigres Tamouls pouvait-elle encore être acceptée ? Le prix élevé en a aussi été payé mais cela est de la responsabilité du gouvernement sri lankais, n’en déplaise aux grands moralisateurs.

La même réflexion pourrait se poursuivre avec la Corée du Nord, Etat irresponsable, criminel envers sa population, potentiellement sinon réellement dangereux. A quel moment peut-on et doit-on intervenir ? Suivant les orientations du Livre blanc français, comment finalement faire accepter une guerre préventive ou des frappes préemptives, les plus vraisemblables, avec les opinions que nous développons en Occident dans nos rapports avec le recours à la force ?

Revenons à ces commémorations du débarquement du 6 juin. Le président Obama sera là et c’est à nouveau l’occasion pour quelques commentateurs de rappeler la part prise par les noirs à la libération de l’Europe. Le 8 mai 2009 a permis de se souvenir que la France n’avait pas récompensé comme il fallait ses anciens combattants des colonies. Cela a été aussi le souci du politique de rappeler leur importance dans la libération de la France, à se demander cependant aujourd'hui si les autres soldats non africains avaient participé aux combats … à commencer par l’encadrement de ces forces.

Cela a été aussi l’occasion de dévoiler que la division Leclerc avait pu libérer Paris après avoir retiré tous les noirs de ses forces. Le doute m’avait étreint connaissant l’engagement de Leclerc et de ses officiers. La France aurait-elle eu une attitude ségrégationniste ? Enfin et heureusement, la vérité est apparue dans le Monde 2 de cette semaine et bien discrètement. Les Etats-Unis avaient demandé le retrait de tout soldat noir de la division Leclerc dans leur logique ségrégationniste de l’époque. Le soldat noir n’était pas apte au combat et devait servir dans la logistique. Il était donc temps de ne pas faire courir un nouveau bruit nauséabond sur la France et ses « culpabilités éventuelles ».

En parallèle à ces polémiques franco-françaises, Obama vient de déclarer que « les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans » ! Il est vraisemblable que cette prise de position relatée par Le Monde devrait faire réagir, d’autant qu’il a exprimé fortement son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, l’un n’allant pas sans l’autre.

Cette adhésion est effectivement revenue sur la scène européenne et dans le débat des élections. Pourtant, les ténors français et allemands sont discrets alors que les soutiens à la Turquie, comme Tariq Ramadan, réputé pour ses positions fondamentalistes, il y a quelques mois dans le Monde, aujourd’hui, Moscovici du Ps, Hubert Védrine se multiplient.

Pourtant, disons-le : arrêtez de vendre une idée dangereuse et utopique. Hubert Védrine souligne d’ailleurs l’erreur d’avoir entretenu auprès de la Turquie une illusion d’appartenance à l’Union européenne, « Il paraît impossible et incorrect de changer les règles du jeu en cours de route » mais si nous nous sommes trompés, pourquoi ne pas le reconnaître ? Comment ces hommes politiques peuvent-ils défendre une Europe plurielle (vieux terme de gauche) avec un Etat musulman présenté comme laïque mais uniquement parce que l’armée est garante de cette laïcité ? A nouveau rappelons qu’une exigence européenne pour l’adhésion est l’affaiblissement de la place de l’armée, gardienne constitutionnelle de la laïcité turque. Après les élections, en outre, la Suède, future présidente de l’Union européenne, affiche sa volonté d’accélérer le processus. Elle doit être encadrée dans son action mais curieusement avant ces élections du 7 juin, les dirigeants hostiles pour ces élections à l’entrée de la Turquie font plutôt profil bas.

La solution du partenariat privilégié avec la Turquie est donc la plus raisonnable. Pour être cohérent, cela conduit aussi une politique de transparence et non d’intégration dissimulée de la Turquie dans la structure de l’Union européenne. Sait-on que le programme européen Erasmus est ouvert à 31 pays, les 27 membres de l'Union européenne, l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège… et la Turquie ? Cela veut dire aussi que la Turquie ne doit pas être associée sous forme d’observateurs militaires par exemple à des structures européennes, simplement pour ne pas maintenir l’ambiguïté. En Afghanistan, les gendarmes turcs seront sans doute aux côtes de la force européenne de gendarmerie qui sera déployée. Une intégration larvée se fait afin de conduire à terme vers une solution inéluctable.

Pour conclure, cela ne veut pas dire que l’on n’estime pas la Turquie et les Turcs mais simplement que chacun a le droit de vivre en fonction de ses valeurs. En l’occurrence, le respect à la différence s’applique dans les deux sens.

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24 mai 2009

Turquie : n’est-il pas temps de limiter son influence ?

Les élections européennes remettent en avant la place de la Turquie dans l’Union européenne. Pour l’UMP, elle devient un enjeu pour rappeler la position de la droite et du président de la république.

Il n’est donc pas inutile de faire un point non exhaustif de la problématique en se posant une question jamais évoquée : dans le cadre d’une défense occidentale de l’Europe, la Turquie est-elle bien à sa place dans l’OTAN ? En effet :

-         D’abord parlons de la Turquie et de l’Union européenne, et du maintien de l’ambigüité. Malgré les affirmations que la Turquie ne rejoindrait pas l’Union européenne, des chantiers restent ouverts. Entamées en 2005, les négociations bien que ralenties ont permis d’ouvrir dix chapitres sur trente-cinq. La Suède, future présidente de l’Union européenne, veut accélérer le processus. Pourtant, fin 2009, la mise en œuvre du « protocole d'Ankara », signé en juillet 2005, prévoit l'extension de l'union douanière en vigueur entre l'UE et la Turquie, aux nouveaux membres, dont Chypre. La Turquie qui occupe sa partie nord de Chypre, est toujours opposée à sa reconnaissance. Dans le domaine militaire, Ankara a évoqué récemment son entrée dans l'Agence européenne de défense ( !). Enfin, l’argument fallacieux d’un Etat turc laïque et musulman tient de moins en moins la route. Rappelons aussi que l’Union européenne demande la limitation du pouvoir politique de l’armée turque … garante constitutionnelle de la laïcité. Qu’adviendra-t-il de la laïcité turque menacée comme l’ont montré les manifestations ces derniers mois en Turquie ?

-         Ensuite, que constatons-nous sur les relations entre la Turquie et l’OTAN ? La Turquie a bloqué les 3 et 4 avril 2009 de son veto la nomination du futur secrétaire général de l’OTAN sous prétexte que, lorsqu'il était premier ministre du Danemark, il avait soutenu les auteurs de caricatures de Mahomet. Toujours l’islam. Cédant à la pression américaine, la Turquie a obtenu un poste de secrétaire général adjoint chargé … des relations avec le monde musulman. Par ailleurs, des officiers turcs accéderaient à des postes importants dans le commandement militaire de l'OTAN. Pourtant, sa position dans la zone qu’elle contrôle en Afghanistan au contact des forces françaises reste bien passive. La Turquie est de moins en moins considérée pour sa capacité militaire mais pour sa capacité d’influence dans le monde musulman.

-          Qu’en est-il des relations entre la Turquie et la France ? La constitution française a été modifiée pour ne pas permettre au peuple français de décider souverainement mais la question reste un facteur de rassemblement bien pratique en politique intérieure. Pourtant, après son élection, M. Sarkozy, qui revendique de "dire la vérité à la Turquie", n'a pas interrompu mais seulement ralenti les négociations d'adhésion avec Ankara, engagées depuis 2005.

-         Enfin quant aux relations entre les Etats-Unis et la Turquie, il n’en reste pas moins que les Etats-Unis l’OTAN que ce soit Bush ou Obama soutiennent la Turquie pour entrer dans l’Union européenne ou pour conforter sa place dans. Il y a d’abord un intérêt stratégique. Les forces armées américaines malgré les entraves turques pendant le conflit irakien, qui se poursuivent aussi aujourd'hui, ont besoin de la base d’Incirlik qui accueille 4500 Américains, permettant par exemple 70% des vols des avions-porteurs américains vers l’Irak en 2007. C’est sans doute aussi l’importance du pipe-line à travers la Turquie qui concerne aussi la sécurité énergétique de l’Union européenne. Ankara peut enfin jouer dans la nouvelle politique régionale américaine avec des missions de bons offices avec l'Iran, Israël et la Syrie. Surtout, dans le cadre de l'OTAN, elle pourrait être appelée à jouer un plus grand rôle en Irak et en Afghanistan avec le soutien américain.

En faut-il pour autant accepter cette politique de la Turquie qui vise à entrer dans l’Europe par tous les moyens ? N’est-il pas temps de limiter sa capacité d’influence pour clarifier le débat ?

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11 mai 2009

Identité nationale et 8 mai

Reconnaissons qu’avec ce 8 mai le président de la République a bien pris la dimension de chef des armées. Le très beau discours en ligne sur ce site souligne l’unité et la fierté de la France à se libérer elle-même. « Avec le premier soldat français qui met le pied sur le sol provençal, avec le premier char de Leclerc qui rentre dans Paris, avec le premier résistant qui vient se battre au grand jour au côté des Français libres, la France redevient la France ». 

Le lien avec l’identité nationale à laquelle les armées françaises ont largement contribué depuis des siècles comme l’écrivait le lieutenant-colonel de Gaulle dans « La France et son armée », est bien établi. Comme le dit le président, « Nous devons apprendre à nos enfants à ne pas être prisonniers du passé. Mais nous devons aussi apprendre à nos enfants à être fiers de leur pays, à être fiers de la France, de ce que les générations qui les ont précédés ont accompli de grand, ont accompli de noble, ont accompli de beau. Nous devons leur montrer l’exemple de ces jeunes français qui se sont sacrifiés à une cause qui leur semblait plus grande que leur propre vie. Et c’est grâce à tous ces martyrs qu’aujourd’hui nous sommes un peuple libre. Nous ne pouvons pas oublier ce sacrifice et ce que nous leur devons ». Cette volonté politique de magnifier l’engagement doit être appréciée à sa juste valeur. Le peuple de France dans sa diversité en a-t-il la même envie ? Je vous invite à regarder sur notre site cette présentation qui circule sur internet exprimant l’attachement du peuple canadien au retour des corps de ses soldats tués (118 à ce jour), méditons sur les valeurs et plus particulièrement sur le patriotisme.

Cependant, le problème est de savoir si les armées professionnelles, se réduisant comme une peau de chagrin, pourront encore avoir ce rôle dans la grandeur de la France. Le beau défilé naval ne peut escamoter que notre unique porte-avion est à quai, que des navires ne seront pas construits, que l’aviation ne disposera pas de l’avion gros porteur A400M avant bien des années, que les bases de défense coûteront plus chères que prévues à se demander si ceux qui ont proposé la RGPP pour les armées ont bien étudié leurs dossiers, que nos forces en Afghanistan restent aussi peu nombreuses malgré quelques succès contre un ennemi agressif. Enfin et ce n’est la moindre des choses, le report sans explication du projet de loi de programmation militaire pour la période 2009 – 2014

L’opposition l’a souligné lors des questions à l’assemblée nationale le 6 mai. La LPM n'a pas été votée par la représentation nationale et sa première annuité budgétaire est en cours d'exécution. Elle exprime le doute sur la sanctuarisation des crédits du ministère de la défense à un niveau élevé. « Les bases de défense coûtent deux à trois fois plus cher que prévu et la vente de fréquences et d'immobilier, censée conforter le budget de la défense dès 2009, s'avère plus que compromise, compte tenu de la conjoncture ». Elle dénonce aussi la restructuration de l'organisation du ministère, caractérisée par la suppression de 54 000 emplois, afin de dégager des marges budgétaires. « Ce serait le plus grand plan social que connaîtrait notre pays ». La réponse du secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants manque à cette occasion de profondeur affirmant que les crédits militaires affectés pour les trois années à venir n’auront aucun effet négatif sur le caractère opérationnel de nos armées. Il rappelle aussi que la loi de finances de 2009 prévoit un certain nombre de mesures d’accompagnement, y compris sur le plan social, qui permettent dès à présent le commencement de la mise en œuvre du nouveau format de nos armées. Il précise que les crédits d’équipement sont cette année pour la première fois en augmentation de 20 %. Enfin, il considère que cette loi de programmation militaire est une démarche ambitieuse que le gouvernement a les moyens d’assumer... A voir.

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15 mars 2009

Une vraie rupture et la fin de l’hypocrisie : la réintégration dans l’OTAN

Le président de la République a annoncé le 11 mars à l‘école militaire que le sommet du 60e anniversaire du traité de l'Atlantique Nord à Strasbourg et Kehl du 3 au 5 avril 2009, conclura le processus de rénovation de la relation de la France avec l'OTAN. Il s’agit d’une vraie rupture et de la fin d’une hypocrisie maintenue par notre classe politique.

Les faits

L'Alliance atlantique compte vingt-six membres, dont vingt et un sont membres de l'Union européenne. Cette alliance est bien européenne. L’Otan prend ses décisions à l'unanimité. L'opposition d'un seul de ses membres interdit son engagement. Les documents produits pour l’emploi des forces sont aussi soumis au consensus.

Les structures de l’OTAN comprennent onze quartiers généraux permanents répartis dans neuf pays et dirigés par une centaine de généraux et d'amiraux dont les grades s'échelonnent d'une à quatre étoiles (en France de deux à cinq). Les postes sont alloués en fonction de critères qui prennent en compte la contribution de chaque allié au budget militaire de l'Alliance, son rôle dans les opérations (avec un bonus pour les plus difficiles comme l'Afghanistan), sa participation aux forces nucléaires de l'OTAN et la part qu'il représente dans les quelque 15 000 officiers et sous-officiers affectés au personnel des quartiers généraux. A l'heure actuelle, les Etats-Unis détiennent trois des quatre postes quatre-étoiles (cinq-étoiles en France) de l'Alliance, dont les deux postes de « commandant suprême » (ACT et ACO). L'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie fournissent à eux trois quelque 4 200 officiers et sous-officiers au personnel des quartiers généraux (soit près de deux fois plus que les Américains).

La France est l'un des principaux contributeurs en hommes à ses opérations (Bosnie, Kosovo et Afghanistan) et en financement comme 4e contributeur budgétaire. Elle est dans 36 comités sur 38. La France ne détient cependant depuis 2004 que deux généraux de brigade et fournit à peine 1% du personnel des quartiers généraux de l'OTAN.

Les réticences

Reconnaissons que la classe politique française abritée derrière la statue du Commandeur, le général de Gaulle dont tout le monde aujourd'hui se réclame, a dissimulé la vérité à l’opinion publique française pendant des années. Faire croire à une exception française et à son indépendance était le dogme valorisant la position de la France au sein de l’opinion publique française et flattait notre ego.

Une nouvelle justification de ne pas rejoindre l’OTAN s’est aussi découverte avec la volonté de créer une défense européenne à laquelle seule la France croyait par ses élites qui voyaient là sans doute l’un des rares sujets de consensus et de satisfaction sur la construction européenne et ce toujours à l’égard de sa propre opinion publique. En effet, aucune autre nation européenne ne fait confiance à une défense européenne autonome. Toutes ou presque veulent préserver le lien transatlantique, garant des prises de décision et non d’une indécision permanente. Rappelons aussi que l'objectif capacitaire initial fixé en 1999 à Helsinki pour l’Union européenne de constituer une force de réaction rapide européenne de 50 000 à 60 000 hommes en soixante jours et pour une durée d'au moins un an, n'a pas été atteint. L'effort de défense moyen des Etats membres plafonne entre 1,07 et 1,3I % du PIB européen selon les sources. Parmi les grands pays, seule la Grande-Bretagne atteint le seuil des 2 %. Même la France n’est qu’à 1,7%.

Quant à un soi-disant alignement sur les Etats-Unis comme l’évoque M. de Villiers et d’autres, n’est-ce pas encore une vision du passé, une absence de pragmatisme devant la réalité du monde, sinon une incapacité à s’adapter loin du confort intellectuel entretenu par notre intelligentsia ? Il est vrai en revanche que l’avancement d’une défense européenne peut être plus difficile mais qui croit encore, sauf en France, que la défense européenne pourrait être assurée autrement que par l’OTAN ?

Cette décision du président de la République marque donc le retour à la réalité et à la rupture aussi avec cette classe politique de droite comme de gauche, éduquée dans nos grandes écoles contre l’OTAN et par extension contre les Etats-Unis. Il suffit de lire le décalage de ces élites à travers la presse depuis quinze jours. Les anciens premiers ministres, Alain Juppé et Dominique de Villepin, l’UMP, le PS dans ses différents courants (bien qu’en son temps, François Mitterrand alors dans l’opposition déclarerait que la sortie de l'OTAN trahissait une « volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps ») ont exprimé leur désaccord dans une grande unanimité… C’est aussi, et cela déplait à notre intelligentsia bien pensante, le plus souvent parisienne, qui craint la création d’un bloc occidental, éduquée dans l’illusion de l’universalité de nos valeurs. Ségolène Royal déclare que « la France envoie un signal de repli sur la sphère occidentale ». L’OTAN « apparaît désormais comme le bras armé de l'Occident dans le monde, sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation universelle ».

D’autres estiment que cette position brouille son image dans de nombreuses régions du monde. Pourtant la mauvaise perception de l’Occident, de la France aussi, dépasse le seul cadre de l’OTAN et est à comprendre dans le cadre du choc des civilisations de ceux qui rejettent l’Occident. Conçue pour défendre l’Europe, elle continue sa mission contre ceux qui ne nous aiment pas et qui sont désormais loin de nos frontières mais existent bel et bien. Il est temps de revenir sur terre ! En outre, rejoindre l’OTAN ne signifie pas faire la guerre aux autres civilisations mais assurer une position internationale et une défense commune en fonction de nos valeurs. Il était sans aucun doute temps que cela soit réalisé et affirmé ouvertement.

Avec son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, cette rupture s’affiche aussi vis-à-vis de la communauté militaire (dont beaucoup d’officiers jouaient la carte de l’Europe plutôt que celle de l’OTAN ; jusqu’à présent il n’était pas porteur d’être « otanien ») avec une nouvelle place dans une alliance forte par sa capacité à agir, à créer l’interopérabilité entre les armées occidentales (même s’il y a la Turquie). Au lieu d’enfermer les militaires dans une peau de chagrin qui paraissait inéluctable, les états-majors et les forces armées seront redéployés pour mieux répondre aux besoins stratégiques par la prise de fonction de près de 900 cadres au sein des états-majors de l’OTAN. C’est aussi l’attribution de postes importants malgré ce qu’ont écrit un ancien ministre des affaires étrangères, M. Védrine, ou M. de Villiers, le commandement de l’ACT à Norfolk, un des quatre postes « cinq étoiles » de l’OTAN, n’est pas de moyenne importance. C’est bien méconnaître l’OTAN.

Pour conclure

Cette rupture pragmatique de N. Sarkozy est donc une bonne décision même si l’on peut s’étonner qu’il s‘affranchisse des résultats du débat parlementaire prévu le mardi 17 mars (Il n’est pas facile de se plier aux réformes constitutionnelles que l’on a soi-même soutenu).

Il paraît clair que cette décision est en phase avec l’opinion publique. Les sondages l’ont sans aucun doute aidé à prendre cette décision. Les rares sondages publics affichent que 52% de Français (Le Nouvel Observateur, enquête du 6 et 7 mars) sont favorables à ce retour contre 27 %. Selon une autre enquête IFOP-Paris Match du jeudi 11 mars, une majorité (58 %) de Français se prononce en faveur du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, 37 % contre. On pourrait certes les confronter aux sondages multiples sur la volonté de l’opinion publique à vouloir une défense européenne comme nous en avons souvent été abreuvés. Les chercheurs sauront mieux comprendre cette apparente contradiction.

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22 février 2009

Limogeage chauprade (suite)

Le Canard enchaîné et Aymeric Chauprade en rajoutent. L’un fait le point des enseignants qui seraient au collège interarmées de défense qualifiés au moins à droite, oubliant que des intervenants dits de gauche interviennent aussi même si le Canard regrette que Pascal Boniface n’y soit pas, l’autre porte plainte contre le ministre de la défense, fustige et menace "J'ai désormais les mains libres pour m'exprimer. Le petit clan qui, au coeur de la Défense défend des intérêts étrangers, essentiellement américains, va devoir s'inquiéter ». 

Qui est ce petit clan ? Et pour qui se prend M. Chauprade pour affirmer cela ? A partir de quelles informations ? N’y-a-t-il pas une certaine paranoïa et une obsession de la théorie du complot dont on peut se demander comment peut-elle s’installer dans la tête d’un homme jusqu’à présent considéré comme sensé ? jusqu’à où d’ailleurs cette théorie du complot peut-elle s’étendre ?

Il est vrai que la mise à la porte d’Aymeric Chauprade peut paraître brutale mais ne faut-il pas des enseignants plus réservés dans leurs propos ? Nos officiers doivent avoir une vision équilibrée des relations internationales, ce qui ne veut certes pas dire naïve mais certainement pas influencée, sinon confortée parfois dans des visions extrémistes. En cela, Jean Guisnel a bien fait d’évoquer dans le Point le cas de M. Chauprade régulièrement invité par Radio Courtoisie.

Sur la dimension du retentissement de l’affaire, il est intéressant de constater que le site web d’Aymeric Chauprade revendique de nombreux mails de soutiens mais que peu sont publiés. Bien sûr l’article du journal d’extrême droite Minute en sa faveur est mis en ligne. On ne peut cependant que s’étonner qu’un mail de soutien en sa faveur soit immédiatement suivi d’un article du Monde de Louis Gautier, spécialiste de défense au sein du PS soit mis en ligne immédiatement derrière ce soutien laissant implicitement supposer un soutien bien peu crédible pourtant.

Enfin, l’affaire Chauprade est-elle un cas isolé ou est-elle le premier signe d’un rééquilibrage des influences au sein de l’enseignement militaire supérieur ? L’extrémisme qu’il soit de droite, de gauche, catholique, juif ou islamiste se ressemble. Sans faire preuve d’un ostracisme systématique, dès lors qu’il y a une action d’enseignement, l’équilibre et l’honnêteté de l’enseignement, surtout dans un milieu militaire, en outre dans le cadre de la République française, doivent être des règles intangibles. En cela, cela ne remet pas en cause la liberté d’opinion. En revanche, l’institution militaire au service de la République ne peut tolérer l’expression de thèses extrémistes ou de propos ambivalents de la part d’enseignants rétribués par l’Etat.

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15 février 2009

La vision particulière de la France sur la guerre en Irak

La France revient en Irak avec une visite surprise du président de la République le 10 février 2009 après les élections provinciales. Nicolas Sarkozy a été accueilli par son homologue irakien Jalal Talabani.

Cette visite avait pour principal objectif de parachever la normalisation engagée entre la France et les autorités irakiennes. Cela consisterait à la reconstruction du pays, à participer plus activement à la formation des militaires et des policiers irakiens, à faciliter les échanges culturels ainsi que l'accueil d'étudiants irakiens. M. Sarkozy a également émis le voeu que les entreprises françaises se réengagent dans l'économie irakienne.

La volonté de la France de profiter de ce retour progressif à la paix en Irak alors qu’elle ne s’est pas engagée aux côtés des forces américaines ne manque pas d’ironie sinon d’indécence.

Remarquons que les politiques et la presse française qui fustigeaient l’action américaine en Irak sous Bush se taisent depuis que B. Obama a été investi dans ses fonctions. Ils sont bien silencieux sur ce retour à la normalité dont ils voudraient bien bénéficier. Ce qu’ils ne critiquent pas. Ils n’ont pas non plus l’honnêteté de reconnaître que les forces armées américaines ont gagné cette guerre en permettant un retour à la normale et en laissant peu à peu les forces irakiennes prendre le relais.

Si l’on regarde les pertes US qui sont de 4245 tués jusqu’à ce jour dont 1821 par piégeage (IED) avec cependant une très forte réduction depuis un an. En 2003, 486 soldats aient été tués puis jusqu’en 2007 plus de 800 par an avec un pic en 2007 de 904 mais 308 en 2008.

De fait, les forces américaines ont gagné cette guerre, ce qui ne leur est pas reconnu par ceux qui les ont décriés et qui voudraient bien profiter désormais de cette paix acquise par d’autres.

Pas très élégants en particulier de nos médias bien partiaux.

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08 février 2009

Un limogeage justifié du professeur de géopolitique Aymeric Chauprade

Suite à un article en ligne de Jean Guisnel (www.lepoint.fr) attirant l’attention sur le dernier ouvrage « Chronique du choc des civilisations » d’Aymeric Chauprade, le ministre de la défense donnait l’ordre le 4 février au général de division Desportes, directeur du collège interarmées de défense (ancienne école de guerre), de congédier ce professeur de géopolitique employé depuis 1999 au CID.

Les sites de JD Merchet et de Jean Guisnel ont précisé qu’Aymeric Chauprade donnait avec complaisance une grande place à la « version complotiste du 11 septembre ». Pour lui, les théories contestant la « version officielle » et soupçonnant les Américains d'être les instigateurs des attentats de 2001 seraient « une hypothèse qui ne manque pas d'arguments, à défaut de forcément convaincre ». Dans ce livre, Chauprade défend aussi la théorie du choc des civilisations, au travers notamment d'une opposition entre l'Europe (incluant la Russie) et l'Islam.

Pour commenter, on ne peut cependant contester objectivement cette approche sauf dans le souci du « politiquement correct ». Le terme de « Choc des civilisations » régulièrement évoqué par la classe politique notamment exprime cette possibilité justement pour l’éviter.

Ce qui n’est pas acceptable, c’est l’adhésion d’un enseignant de haut niveau au sein de l’enseignement militaire supérieur, à la thèse complotiste du 11 septembre qui désigne les Américains et les Israéliens comme les instigateurs sinon les acteurs des attentats. Cette thèse a été développée par Thierry Meyssan dans un ouvrage vendu quand même à plus de 120 000 exemplaires en France ! Sur la question de l’implication des Etats-Unis, il suffit cependant de se rendre sur le site du Congrès américain afin de consulter son calendrier. Toutes les fêtes juives (y compris en tant que journées fériées du Congrès) et chrétiennes, et seulement elles, sont recensées pour la programmation des travaux du Congrès. Cette ambigüité des relations entre Israël et les Etats-Unis peut alimenter sans difficulté les sceptiques de la thèse officielle.

Cependant, cela ne justifie pas les thèses de ces négationnistes. En effet, nous pourrions rattacher la thèse de Chauprade à celle du protocole de Sion dont beaucoup d’antisémites ne contestent pas

la véracité. C

’est aussi, et d’actualité malheureusement, un évêque rejetant l’existence des chambres à gaz ! Notre époque de doutes conduit à un négationnisme systématique soutenue par des personnes pourtant intelligentes, cultivées et ce malgré les preuves.

Ce qui est plus grave est que le site de JD Merchet rapporte aussi les réactions de soutien d’officiers stagiaires du CID au professeur Chauprade. Ne nous voilons pas la face, une minorité d’officiers français, mais bien présente, sont dans la mouvance idéologique de ce professeur. Si l’on prend ses propos auprès de JD Merchet, cela serait plus grave encore : « Le petit clan qui, au cœur de la Défense défend des intérêts étrangers, essentiellement américains, va devoir s'inquiéter ». On peut s’étonner de ce discours qui, par déduction, laisse supposer qu’il aurait une majorité d’officiers français antiaméricains et qui soutiendraient la position finalement anti-américaine d’Aymeric Chauprade. Il est vrai que l’antiaméricanisme existe parmi les officiers français mais sans doute pas plus que dans le reste de la population française.

La question derrière toutes ces affaires en réalité est malheureusement une situation internationale au Proche-Orient qui focalise les haines et les frustrations. L’affrontement entre Israël et monde arabe et persan, entre juifs et musulmans, où chacun joue sa partition par des actions de propagande par le relais des différentes diasporas, conduit à la menace d’une guerre où le monde occidental, chrétien mais fortement laïcisé, spectateur timide et sur la défensive aujourd'hui mais contraint à agir demain devant les dérives prévisibles d’Etats nucléaires comme l’Iran et Israël d’une part, les pressions internes d’autre part.

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07 février 2009

En Afghanistan, bientôt le printemps

Le printemps arrive. Bientôt les talibans vont reprendre l’offensive une fois que le terrain sera plus praticable. Ils y ont tout intérêt.

Pourquoi ?

Faire échouer les élections présidentielles afghanes de septembre 2009.

A quel moment ? sans doute entre mi-avril et juin

  • Ne pas      agir avant le sommet de l’OTAN à Strasbourg pour son 60e      anniversaire les 3 et 4 avril prochain afin de ne pas donner le prétexte à      un renforcement des forces de l’OTAN
  • Jouer      sur les élections européennes en juin 2009 qui peuvent avoir un impact      national dans les Etats européens concernés ;
  • Accroître      le coût humain de l’engagement militaire de l’OTAN et le coût économique      pour des nations hésitant à financer une guerre qui ne les concerne pas      directement, alors que la crise économique est là.
  • Ne      pas attendre que les 30 000 soldats américains supplémentaires soient      totalement déployés.

Et la France ?

Le moins que l’on puisse dire est que le discours gouvernemental depuis deux mois est prudent et ne laisse pas supposer un quelconque renforcement malgré les besoins opérationnels. On assiste par ailleurs au retrait partiel de nos forces en Afrique ( - 2100 hommes en R.C.I., au Tchad et en RCA sur des 13.290 militaires français déployés dans 33 opérations extérieures.) déclaré à l’occasion du vote par l'Assemblée du 28 janvier sur la prolongation des cinq opérations militaires françaises en Côte d'Ivoire, au Kosovo, au Liban, au Tchad et en Centrafrique. Il est vrai que le coût des OPEX est de 860 millions d’euros au lieu des 475 prévus par le budget.

Le président de la République a pourtant fait preuve de volontarisme cet été pour déployer 700 soldats de plus. Certes, aujourd'hui, il faudrait expliquer à nos opinions publiques un engagement supplémentaire mais faut-il attendre des pertes supplémentaires pou entraîner une réaction de ce type alors que nous sommes en guerre ? Ne faut-il pas mieux s’engager résolument pour obtenir un résultat positif sur le terrain d’autant que l’on veut devenir un « grand » dans l’OTAN à partir d’avril 2009. Obtenir deux postes importants, un commandement stratégique aux Etats-Unis (Norfolk) et un commandant opératif à Lisbonne, affecter sur trois ans de 900 officiers et sous-officiers au coût certain et en pleine déflation d’effectif, doivent être payés de retour et la contrepartie devrait être un engagement accrue de nos forces en particulier en Afghanistan malgré les dénégations répétées des décideurs politiques et militaires depuis décembre 2008.

Cependant quand on s’engage dans un conflit, même du type afghan, c’est pour le gagner en l’occurrence, en interdisant aux talibans extrémistes de venir au pouvoir. Il s’agit bien de les traquer pour ne pas leur laisser l’initiative et donc de les mettre en permanence sur la défensive.

Pour cela, il faut des forces suffisantes, équipées, motivées par l’attention qu’on leur porte et crédibles, déployées à temps pour anticiper et connaître le terrain. Cela s’exprime pour un soldat par les moyens qui lui sont accordés en fonction de la mission, à moins que nous ne fassions que de la gesticulation en Afghanistan à défaut d’une politique réelle ? Or, l’enjeu est politique avec une action militaire forte avec pour objectif d’empêcher les talibans de faire échouer les élections en Afghanistan.

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01 février 2009

Les armées et la franc-maçonnerie

Un dossier très intéressant (téléchargeable sur le site du Point, rubrique défense) a été publié par le Point le 22 janvier 2009. Nous y apprenons beaucoup de choses. Nous distinguons par exemple cette étrange similitude entre le rituel maçonnique et le rituel militaire. Beaucoup de grands chefs militaires de l’empire ont été maçons, apparemment un peu moins après.

Dans tous les cas, il est vrai que cette franc-maçonnerie de plus en plus présente dans cette période de doute intéresse toujours. Qui sont-ils, que font-ils, ont-ils cette hiérarchie parallèle supplantant la hiérarchie militaire ? Le mythe existe. Sans doute comme tout groupe social, cette franc-maçonnerie militaire est influente mais l’est-elle contre les institutions ? La lecture de ce dossier montre qu’au contraire servir la France n’est pas réservé qu’à une catégorie de la nation. Le ciment est le sens de l’intérêt général et bien sûr du service des institutions et de la République. Cela est sans aucun doute rassurant.

A la lecture de ce dossier, on s’aperçoit aussi que l’intérêt du militaire pour la franc-maçonnerie est avant tout de sortir de son milieu militaire et donc de réfléchir à d’autres sujets, dans la recherche d’une vérité peut-être mais sûrement d’abord d’ouverture sur les questions philosophiques et de société. Après tout, il y a désormais des cours de philosophie à saint-Cyr Coëtquidan. Un premier pas pour aller plus loin ?

Posté par DR2007 à 21:53 - Ethique et déontologie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2009

2009 l’année de tous les risques

Malgré l’élection d’un nouveau président des Etats-Unis inaugurant cette nouvelle année, pouvons-nous vraiment penser que le monde ira mieux ? Nous pouvons en douter.

La crise économique est telle que ses conséquences en sont imprévisibles. Or, les conflits en cours cette année accentuent la dangerosité de la situation internationale avec des élections multiples dans des Etats de crise et donc servant de causes potentielles à toutes les actions de déstabilisation. Ainsi :

· En Israël, le conflit avec le Hamas peut entrer dans cette logique d’affrontement calculé. Israël aura des élections cette année et cette guerre avait, aussi bien du côté des Israéliens que du côté du Hamas, une importance majeure dans l’élection du prochain premier ministre israélien en fonction de l’exploitation du conflit.

· En Irak, les élections sont prévues le 31 janvier 2009, avec des élections provinciales, un référendum le 31 juillet sur les conditions du retrait américain (le SOFA), enfin les législatives qui doivent en principe avoir lieu en décembre 2009. Les forces américaines sont désormais prévues se désengager pour fin mai 2010 au lieu du 31 décembre 2011. L’Iran voisin aura aussi des élections présidentielles et législatives le 12 juin 2009.

· En Afghanistan, les élections présidentielles sont prévues en septembre 2009. La fin de l’hiver à compter d’avril jusqu’en septembre annonce déjà les combats à venir pour développer l’insécurité, un doute sur la validité des élections et donc consommer l’échec de l’OTAN en Afghanistan. Toute zone de déploiement des forces de l’OTAN devra être très fermement tenue pour interdire aux talibans d’entraver les élections et de faire pression sur les populations. Les zones contrôlées devront sans doute être élargies. L’envoi de trente mille soldats américains et les demandes vraisemblables adressées aux Etats–membres devront être à la hauteur des enjeux … et les réponses favorables… y compris pour la France. Il s’agit d’une guerre contre-insurrectionnelle qui ne doit pas être perdue.

· En R.C.I., le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire le 21 janvier à New York, un calendrier électoral pour l'élection présidentielle, seule à même de sortir le pays d'une crise politique qui dure depuis cinq ans. Pour la première fois depuis la signature de l'accord politique d'Ouagadougou le 4 mars 2007, le peuple ivoirien et la communauté internationale ne disposent ni d'une date, ni d'une période pour les élections. Fin 2008, le Conseil de sécurité de l'ONU avait déjà mis en demeure les dirigeants ivoiriens d'organiser des élections générales présidentielles et législatives avant la fin du printemps 2009. Cette échéance sera impossible à respecter, notamment en raison du retard du recensement des nouveaux électeurs. Reconnaissons que cette crise annoncée met en cause la présidence ivoirienne qui sait ne pas être réélue si des élections avaient lieu aujourd'hui. Les forces françaises sont encore fixées sur place au détriment des autres missions en cours.

Ces quelques exemples sont significatifs des tensions extérieures qui peuvent aggraver la situation mondiale ou l’engagement des forces armées françaises, sans exclure les situations intérieures qui pourraient aussi se révéler dans certains cas insurrectionnelles (Grèce…). Hormis cependant le conflit en R.C.I., constatons que ce sont des conflits qui ne terminent pas et ne se termineront pas de sitôt dès lors qu’ils coïncident avec des conflits de civilisations.

Samuel Huntington, décédé le 24décembre 2008 à 81 ans, fortement décrié par dogmatisme en occident, n’en est donc pas moins d’actualité. Dans un article publié en 1993 par la revue Foreign Affairs, puis dans un livre paru en français sous le titre Le Choc des civilisations (Odile Jacob, 1997) il démontrait que les civilisations se définissaient par rapport à leur religion de référence, leurs cultures, fondant désormais leurs oppositions non plus entre nations mais entre cultures et religions. Cependant dans un dernier ouvrage, « Qui sommes-nous : identité nationale et choc des cultures » (Ed. Odile Jacob, 2004), il constatait que bien qu'uniques, les valeurs occidentales n'ont rien d'universel. Nous pourrions ajouter qu’elles sont même contestées désormais.

Dès lors que ce principe d’universalité très « occidentalo-centré » est abandonné de fait, que nous le reconnaissons, nous pourrions sans doute nous repositionner sur la défense de nos valeurs propres. Cela signifie que les autres civilisations doivent respecter nos différences et en assumer les conséquences lorsqu’elles ne le font pas. La période actuelle est celle de la construction d’une nouvelle répartition des pouvoirs en fonction des nouvelles puissances, sinon d’un nouveau rapport de forces. L’objectif cependant n’est pas d’accepter une défaite éventuelle de l’occident mais de permettre la préservation mesurée de sa place mondiale, en fonction de ses intérêts, y compris civilisationnels.

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